Star Fox sur Switch 2 : un remake somptueux qui pose la vraie question sur Zelda OoT

Star Fox sur Switch 2 : un remake somptueux qui pose la vraie question sur Zelda OoT

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Star Fox est sorti le 25 juin 2026 sur Nintendo Switch 2, exclusivement, développé par Velan Studios sur son moteur maison VIPER. 82 sur Metacritic, 84 sur OpenCritic : le deuxième meilleur score de la franchise, derrière le Star Fox 64 original.

La presse est enthousiaste, la communauté est partagée, et un débat de fond traverse toutes les analyses : à quoi ressemble un bon remake en 2026 ? Est-ce que Nintendo est en train de trouver la réponse ?

Une franchise qui n’a jamais vraiment trouvé sa voie

L’histoire de Star Fox est celle d’une franchise qui a produit un chef-d’œuvre très tôt, puis n’a jamais réussi à s’en émanciper. Tout commence en 1993 avec Star Wing sur Super Nintendo, fruit d’une collaboration entre Nintendo EAD et le studio britannique Argonaut Software, portée par la puce Super FX qui permet d’afficher de la 3D polygonale en temps réel sur une console 16 bits. C’est un tour de force technique à l’époque, et le jeu rencontre un succès critique et commercial immédiat.

En 1997, Star Fox 64 (Lylat Wars en Europe) réimagine l’ensemble sur Nintendo 64 avec une narration plus riche, un multijoueur en écran partagé et une structure de niveaux ramifiée permettant différents chemins selon les performances du joueur. Le jeu obtient 88 sur Metacritic et s’impose comme la définition même de ce que doit être Star Fox, au point que tous les épisodes suivants seront jugés à son aune.

C’est précisément là que le problème commence. Star Fox Adventures (2002, Rare) tente un virage action-aventure en 3D et déçoit les fans du rail shooter original. Star Fox Assault (2005, Namco) renoue avec les combats spatiaux mais laisse une impression mitigée. Star Fox Command (2006, Q-Games) expérimente un hybride tactique/shoot sur DS. Star Fox 64 3D (2011, Nintendo EAD Tokyo) est un remaster du jeu de 1997, apprécié mais discret. Star Fox Zero (2016, PlatinumGames) réinterprète une nouvelle fois les événements de Star Fox 64 sur Wii U, avec des contrôles gyroscopiques qui divisent profondément : c’est le seul épisode principal de la franchise à passer en dessous de la barre des 70 sur Metacritic.

Dix ans d’absence s’ensuivent. La franchise semble morte, ou du moins mise en sommeil indéfini. Fox McCloud réapparaît en 2026 dans le film Super Mario Galaxy, un caméo remarqué qui laisse deviner qu’un retour se prépare. La confirmation arrive le 7 mai 2026 lors d’un Nintendo Direct surprise annoncé dix minutes avant sa diffusion : Star Fox Switch 2, remake de Star Fox 64, développé non pas en interne chez Nintendo, mais par Velan Studios.

Velan Studios et le moteur VIPER : un pari technique réussi

Velan Studios est un studio new-yorkais fondé en 2016 par les frères Guha et Karthik Bala, anciens cofondateurs de Vicarious Visions. Leur seule collaboration avec Nintendo à ce stade était Mario Kart Live: Home Circuit en 2020, jeu de réalité mixte utilisant une voiture télécommandée. Confier Star Fox à ce studio surprend, mais le résultat technique est indéniable.

Le moteur VIPER, développé intégralement en interne et écrit principalement en C, permet d’afficher le jeu à 60 images par seconde de façon totalement stable, aussi bien en mode docké qu’en mode portable. Digital Foundry confirme une résolution d’environ 1080p en mode docké avec une image remarquablement propre, sans les artefacts temporels qui affectent souvent les portages Switch 2 de titres tiers. Les cinématiques sont entièrement renderisées en temps réel par le même moteur, éliminant pour la première fois dans l’histoire de la franchise la coupure visuelle entre gameplay et scènes cinématiques. Wccftech note que cette fluidité transforme certaines missions en profondeur : Corneria semble presque se dérouler en accéléré, et Aquas devient agréable à jouer pour la première fois selon plusieurs testeurs. Corneria passe d’une ville barren en 1997 à un champ de bataille en feu et en ruines, Fichina voit des flocons de neige se coller à la caméra et fondre, Solar projette l’éclat de ses flammes sur le dessous de l’Arwing.

Le système Mouse Targeting, qui utilise le capteur optique du Joy-Con 2 posé sur une surface comme une souris de PC, représente la nouveauté la plus discutée techniquement. Contrairement à un stick analogique qui génère un signal de vitesse (la vitesse du déplacement du curseur varie selon l’amplitude de la pression), le capteur optique génère un signal de position absolue : bouger le Joy-Con de deux centimètres à droite déplace le réticule de deux centimètres à droite, sans courbe de vitesse ni zone morte. Le résultat est une précision de visée proche du standard PC. En pratique, les avis sont nuancés : le mode Mouse fonctionne bien en mode solo mais impose une vue cockpit à la première personne qui perturbe les vétérans, et le fait que le même Joy-Con gère à la fois le déplacement du vaisseau et la visée est jugé maladroit par plusieurs testeurs.

Ce que la critique dit : un remake somptueux, une question sans réponse

Les scores presse racontent une histoire à deux vitesses. D’un côté, Nintendo Life (9/10) et Gamereactor (9/10) sont enthousiastes et voient dans ce Star Fox une réussite complète dans sa catégorie. Pour Nintendo Life, c’est Fox McCloud dans sa meilleure forme, avec une refonte visuelle époustouflante et des modes en ligne surprenamment addictifs. Pour Gamereactor, la comparaison la plus pertinente n’est pas avec les remakes Nintendo passés mais avec les remakes Resident Evil de Capcom : même fidélité à l’original, même saut de qualité technique, même expansion narrative discrète mais efficace.

Wccftech (8.5/10), IGN (8/10), Game Informer (8.25/10) et GamesRadar (4/5) saluent tous la réalisation tout en pointant la même limite : le manque de contenu original. La campagne se termine en 90 minutes sur un premier run, même si les chemins alternatifs et les challenges portent le total vers les 20 heures pour un joueur qui veut tout compléter. Game Informer formule la tension centrale du jeu avec précision : ce remake met en lumière à quel point la franchise est en retard sur elle-même, sans jamais apporter le contenu inédit qui aiderait à tourner la page.

GameSpot (7/10) et quelques critiques plus sévères vont plus loin dans la remise en question. Pour ces voix, refaire Star Fox 64 pour la troisième fois, en 1997 (original), 2011 (3DS) et 2026, sans jamais proposer une seule nouvelle mission principale ni un seul nouveau niveau dans la campagne solo, relève d’une timidité créative difficile à cautionner. La structure de 1997 vieillissait déjà dans certains passages lors de ses précédentes ré-éditions. Les sections All-Range en particulier, qui constituaient une nouveauté en 1997, semblent désormais creuses comparées aux standards modernes du genre.

Fidèle, trop fidèle : le débat qui annonce Zelda OoT

La conversation autour de Star Fox Switch 2 ne se limite pas au jeu lui-même. Elle préfigure directement le débat qui attend le remake de Zelda: Ocarina of Time, annoncé lors du Nintendo Direct de juin pour 2026 sans date précise. Plusieurs médias, dont TechTimes et Gamereactor, utilisent explicitement Star Fox comme étalon de ce qu’ils attendent d’OoT : un remake qui respecte l’original tout en offrant quelque chose que le hardware d’époque ne permettait pas, que ce soit narrativement, visuellement, ou mécaniquement.

La différence de nature entre les deux jeux pèse lourd dans ce parallèle. Star Fox 64 est un jeu court par conception, pensé pour la rejouabilité et le score-chasing. Sa durée de vie courte est une feature, pas un bug. Ocarina of Time est au contraire un RPG d’action de 40 à 60 heures avec une structure narrative linéaire et des donjons complexes. Si Nintendo adopte la même philosophie de fidélité maximale pour OoT, le résultat sera radicalement différent : beaucoup plus de contenu à refaire, mais aussi beaucoup plus de décisions créatives à prendre sur les systèmes de combat, l’interface et la direction artistique.

Ce que Star Fox prouve, en tout cas, c’est que Nintendo et Velan Studios savent faire un remake techniquement exemplaire et narrativement enrichi sans trahir l’original. C’est une condition nécessaire mais pas suffisante pour qu’OoT soit une réussite selon la même logique. Le vrai test sera de voir si Nintendo ose aller plus loin qu’une revalorisation graphique, ou si la sacralité d’Ocarina of Time produira un remake encore plus conservateur que celui de Star Fox.

Et maintenant, un vrai nouvel épisode ?

La question que toute la communauté se pose en sous-texte est simple : ce remake est-il un ticket d’entrée pour un véritable nouveau Star Fox, ou une fin en soi ? Velan Studios a donné quelques indices. Les trois maps du mode Battle en ligne, toutes pensées autour de mécaniques All-Range plus élaborées que celles de la campagne, ressemblent selon Wccftech à une démonstration de ce que le studio pourrait faire avec un jeu original. Nintendo a de son côté positionné ce projet comme un reboot de franchise, pas comme un simple remaster. La présence de Fox McCloud dans le film Super Mario Galaxy, combinée à l’excellent accueil critique du remake, constitue pour beaucoup d’observateurs le scénario classique du test de marché avant un vrai épisode.

Takaya Imamura, designer original des personnages de la franchise depuis 1993, a déclaré cette semaine avoir été stupéfait par les améliorations graphiques depuis le N64 original, rappelant que Star Fox 64 avait toujours ambitionné des présentations cinématiques que le hardware ne permettait pas vraiment à l’époque. VIPER Engine les réalise enfin. Si ce remake sert à familiariser Velan Studios avec l’univers Star Fox avant de lui confier un épisode entièrement original, comme Retro Studios l’avait fait avec Donkey Kong Country avant de créer ses propres jeux dans la franchise, alors le calcul stratégique de Nintendo prend tout son sens.