Le 9 juin 2026, la DGCCRF a infligé à Nintendo of Europe une amende de 35 millions d’euros pour avoir dissimulé pendant deux ans un défaut connu de ses Joy-Con.
La question qui suit logiquement : la Switch 2, sortie en juin 2025, a-t-elle réglé le problème ?
La réponse tient en une phrase : Nintendo a tout refait, sauf la seule chose qui aurait vraiment réglé le drift.
Ce que Nintendo savait avant même le lancement
En avril 2025, deux mois avant la sortie de la console, Nate Bihldorff, vice-président du développement produit chez Nintendo of America, confirme dans une interview à Nintendo Life que les Joy-Con 2 n’utiliseront pas de sticks à effet Hall. Sa formulation est révélatrice.
Ils ont été redesignés depuis zéro. Ce ne sont pas des sticks à effet Hall, mais ils sont vraiment agréables.
À aucun moment il n’aborde frontalement la question du drift, préférant parler de fluidité et de silence de fonctionnement.
La raison technique avancée est celle de l’incompatibilité magnétique : le système d’attache des Joy-Con 2 repose sur des aimants puissants, et les capteurs à effet Hall sont sensibles aux champs magnétiques environnants. Une explication qui tient la route, sauf qu’elle n’explique pas pourquoi Nintendo n’a pas non plus opté pour la technologie TMR (tunnelling magnetoresistance), une alternative magnétique elle aussi, mais nettement moins sensible aux interférences. Cette option existait, était connue de l’industrie, et n’a pas été retenue.
Le verdict des démontages : les mêmes composants qu’en 2017
Dès la sortie de la console en juin 2025, iFixit procède à un démontage complet des Joy-Con 2.
Le verdict est sans appel : les sticks reposent sur le même mécanisme que ceux de la Switch originale, un potentiomètre à curseur en graphite glissant sur une piste résistive. C’est précisément ce composant qui s’use avec le temps et cause le drift. iFixit attribue à la Switch 2 un score de réparabilité de 3 sur 10, notant que la batterie est collée, les composants soudés, et les joysticks toujours aussi vulnérables à l’usure. D’autres chaînes spécialisées comme JerryRigEverything arrivent à la même conclusion après leurs propres tests.
Les premiers signalements concrets ne se font pas attendre. Moins d’une semaine après le lancement, un utilisateur Reddit publie une vidéo montrant un Joy-Con gauche neuf, sorti de sa boîte, déjà touché par un drift combiné à des boutons qui ne répondent plus. D’autres cas suivent rapidement sur les forums. Onze mois plus tard, en mai 2026, un atelier de réparation britannique spécialisé publie un rapport de terrain détaillé : la conclusion est que le Joy-Con 2 est mieux construit que l’original, mais utilise la même technologie de base, et les premières pannes commencent à arriver sur leur établi.
La réparation gratuite, oui. La technologie anti-drift, non
Sur le plan du service après-vente, Nintendo a clairement retenu la leçon de l’affaire Switch 1. La politique de réparation gratuite des Joy-Con en cas de drift, mise en place en 2023 sous la pression de la Commission européenne, a été maintenue et étendue directement aux Joy-Con 2, sans limite de garantie et sans questions posées sur la date d’achat. C’est un vrai progrès en matière de transparence et de service, à mettre au crédit de Nintendo. Mais cela ne change rien au problème de fond : réparer gratuitement un défaut connu n’est pas la même chose que corriger ce défaut à la source.
D’ailleurs, cette politique de réparation généreuse coexiste avec la récente hausse de prix de la Switch 2 à 499,99 dollars, un rappel que les coûts de ce genre de programme finissent, d’une manière ou d’une autre, par être absorbés dans l’équation économique globale de Nintendo.
GuliKit comble le vide que Nintendo a laissé
Face à l’absence de solution native, c’est un fabricant tiers qui a comblé le manque. GuliKit, déjà connu pour ses sticks Hall Effect de remplacement sur la Switch 1, a lancé le 12 mai 2026 son premier module TMR spécifiquement conçu pour le Joy-Con 2, vendu 19,99 dollars ou 16,99 livres. Le module intègre un blindage à double couche pensé précisément pour ne pas interférer avec les aimants d’attache du Joy-Con 2, contournant ainsi le problème que Nintendo avait invoqué pour écarter cette technologie. L’installation ne nécessite aucune soudure, seulement un démontage encadré par un tutoriel, suivi d’une calibration dans les réglages système.

La disponibilité de ce type de solution, à peine onze mois après le lancement de la console, en dit long. Un fabricant d’accessoires tiers, sans les moyens de R&D de Nintendo, a résolu en quelques mois un problème que la firme japonaise a laissé filer sciemment sur au moins deux générations de console. Pour les joueurs qui préfèrent limiter les risques dès l’achat plutôt que d’attendre l’apparition du drift, ce type de module reste à ce jour la seule vraie garantie technique contre le problème, bien avant qu’il ne se manifeste.





