35 millions d’euros d’amende pour avoir laissé des millions de joueurs racheter des manettes défectueuses
A la veille d’un Nintendo Direct, la DGCCRF a rendu son verdict hier 8 juin : Nintendo of Europe devra payer 35 millions d’euros d’amende pour pratique commerciale trompeuse liée au Joy-Con drift sur Nintendo Switch première génération. Une sanction inédite dans l’histoire de l’organisme français de répression des fraudes, et une confirmation officielle de ce que beaucoup de joueurs suspectaient depuis des années : Nintendo savait, et n’a rien dit.

Le Joy-Con drift : le défaut qui a empoisonné la Switch dès le départ
Depuis son lancement en mars 2017, la Nintendo Switch s’est vendue à près de 155 millions d’exemplaires dans le monde. Mais derrière ce succès commercial retentissant se cache un problème matériel massif que des millions de joueurs ont vécu de plein fouet : le Joy-Con drift. Ce dysfonctionnement, devenu l’une des controverses les plus documentées de l’histoire récente du jeu vidéo, se manifeste par des mouvements fantômes à l’écran, des déplacements intempestifs ou inversés du personnage, et des blocages complets des manettes, le tout sans que le joueur n’ait touché le moindre stick.
Concrètement, votre personnage se déplace seul. Votre curseur dérive. Votre partie est perturbée.
Le problème trouve son origine dans la conception du joystick lui-même. Les experts mandatés par l’UFC-Que Choisir ont identifié deux causes principales : une usure mécanique accélérée du composant et un défaut d’étanchéité laissant entrer des débris et poussières à l’intérieur du joystick. Ce n’est pas un aléa de fabrication isolé. C’est un défaut structurel, reproductible, massif, et qui touche les deux modèles concernés, la Switch standard et la Switch Lite. Les témoignages de consommateurs se comptent en dizaines de milliers, et les class actions se sont multipliées aux États-Unis, au Canada et en Europe.
2018 : Nintendo sait. 2020 : Nintendo parle. Entre les deux : silence
C’est le cœur du dossier et la raison de la sanction. L’enquête du Service National des Enquêtes de la DGCCRF a établi que Nintendo of Europe avait connaissance du dysfonctionnement dès 2018, soit à peine un an après le lancement de la console. Pourtant, la firme n’a commencé à communiquer officiellement sur le sujet qu’en 2020, après que l’UFC-Que Choisir a déposé plainte en septembre de cette même année, et après que des milliers de signalements avaient déjà déferlé sur les forums et réseaux sociaux. Deux ans de silence, pendant lesquels des joueurs ont continué d’acheter des Joy-Con neufs sans savoir qu’ils étaient potentiellement victimes d’un défaut connu du fabricant.
Plus troublant encore : les experts de l’UFC-Que Choisir ont constaté que Nintendo avait apporté des modifications à la conception de ses manettes en cours de production, sans pour autant corriger le défaut à la source. Autrement dit, Nintendo avait identifié le problème au point de tenter d’y remédier discrètement, tout en continuant de vendre des appareils défectueux sans en informer les acheteurs. La communication officielle, quand elle est finalement arrivée, était tardive et parcellaire selon les termes mêmes de la DGCCRF. En juin 2020, le président de Nintendo, Shuntaro Furukawa, a présenté des excuses publiques pour le problème, tout en renvoyant les joueurs vers le service après-vente. Trop peu, trop tard.
Des joueurs poussés à racheter des manettes à 70 euros sans savoir qu’elles étaient défectueuses
Les conséquences concrètes pour les consommateurs sont au cœur de la qualification retenue par la DGCCRF : pratique commerciale trompeuse ayant altéré le comportement économique des acheteurs. En ne communiquant pas sur le défaut, Nintendo a contribué à dissuader les joueurs de solliciter son service après-vente, les conduisant pour une partie d’entre eux à racheter de nouvelles manettes à plus de 70 euros la paire, parfois à plusieurs reprises. Des manettes qui présentaient le même défaut. Les mêmes qui ont drifté à nouveau. Un cycle absurde, coûteux pour les consommateurs, et très profitable pour Nintendo.
La période incriminée court de 2018 à 2023, soit cinq ans pendant lesquels le défaut était connu en interne et la communication insuffisante vers le public. Ce n’est qu’en 2023, dans le cadre d’une action coordonnée au niveau européen impliquant la Commission européenne et les associations de consommateurs du BEUC, que Nintendo s’est officiellement engagée à réparer gratuitement toutes les manettes Joy-Con défectueuses, sans limite de date d’achat et quel que soit le modèle. Trois ans et demi après les premières plaintes. Cinq ans après avoir pris connaissance du problème.
Une sanction record mais sans remboursement direct pour les principaux lésés de l’affaires : nous
La transaction pénale de 35 millions d’euros que Nintendo of Europe a acceptée constitue la plus grosse amende jamais prononcée par la DGCCRF, dépassant celle infligée à Shein l’année précédente. Elle s’accompagne d’une obligation de publication d’un communiqué sur la page d’accueil du site nintendo.com/fr-fr.
[Edit du 10 juin 2026] L’affichage de la « Pratique commerciale trompeuse concernant l’existence d’un dysfonctionnement affectant certaines manettes Joy-Con de la console Nintendo Switch 1 lancée en mars 2017 » est désormais actif sur le site Nintendo.

Pratique commerciale trompeuse concernant l’existence d’un dysfonctionnement affectant certaines manettes Joy-Con de la console Nintendo Switch 1 lancée en mars 2017 : Nintendo accepte le paiement d’une amende transactionnelle de 35 000 000 euros à l’issue d’une enquête de la DGCCRF.
A la suite d’une plainte de l’UFC-Que Choisir en septembre 2020, le service national des enquêtes (SNE) de la DGCCRF (direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), a considéré qu’en n’informant pas les consommateurs de manière loyale sur les dysfonctionnements rencontrés par certaines manettes Joy-Con de la Nintendo Switch 1 (le bug de réactivité ou « Drift » occasionnant notamment des mouvements fantômes, intempestifs ou inversés des personnages, ainsi que des blocages des manettes), Nintendo of Europe avait commis une pratique commerciale trompeuse, de 2018 à 2023.
Le SNE de la DGCCRF a conclu que Nintendo n’avait communiqué qu’à partir de 2020, et non dès qu’elle a eu connaissance de ces dysfonctionnements. Cette communication tardive et parcellaire a porté sur le problème technique rendant certaines manettes Joy-Con de la Nintendo Switch 1 non réactives. Le SNE a considéré que cela avait contribué à dissuader les consommateurs de se tourner vers le service après-vente de Nintendo et conduit certains d’entre eux à racheter de nouvelles manettes.
Estimant que ces faits constituaient le délit de pratique commerciale trompeuse ayant altéré le comportement économique des consommateurs dans leur décision de solliciter ou non le service après-vente de Nintendo et, dans certains cas, dans leur décision de faire réparer ou de remplacer les manettes, le SNE de la DGCCRF a transmis en 2025, au parquet de Nanterre, les conclusions de ses investigations.
Après l’accord du procureur de la République, il a été proposé à la société Nintendo of Europe une transaction pénale d’un montant de 35 000 000 euros qu’elle a acceptée ainsi que la publication de ce communiqué sur la page d’accueil du site www.nintendo.com/fr-fr. Un communiqué sera aussi publié sur le site et sur les réseaux sociaux de la DGCCRF.
Dans le cadre d’une action coordonnée au niveau européen, Nintendo of Europe s’est officiellement engagée en 2023 à assurer gratuitement la réparation des manettes affectées par ce dysfonctionnement, même au-delà de la garantie légale »2. Les demandes doivent être effectuées directement sur le site Nintendo (https://www.nintendo.com/fr-fr/Assistance/Reparations/Reparations-1770166.html?issue=ControlSticksNotResponding&system=HAC).
Plus d’information et de conseils sur les droits des consommateurs et les achats en ligne sur www.economie.gouv.fr/dgccrf.
Mais une question se pose immédiatement : cet argent reviendra-t-il aux joueurs lésés ? La réponse est non. Une transaction pénale ne génère pas d’indemnisation automatique pour les consommateurs. L’amende va à l’État, pas dans les poches de ceux qui ont racheté des Joy-Con à tort.
Ce que les joueurs peuvent obtenir en revanche, c’est la réparation gratuite de leurs Joy-Con, engagement toujours valable depuis 2023 et accessible directement via le site officiel Nintendo. Si votre Switch première génération connaît encore des problèmes de drift, la démarche reste ouverte. Côté Switch 2, les premiers retours semblent indiquer que les nouveaux Joy-Con 2 sont épargnés pour l’instant. Nuance importante néanmoins : iFixit a relevé que la technologie des joysticks reste similaire à celle de la première Switch, Nintendo n’ayant pas opté pour des sticks à effet Hall qui éliminent par conception tout risque de drift et qui sont pourtant devenus la norme chez de nombreux concurrents.
Sources
- Communiqué officiel de la DGCCRF : https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/laction-de-la-dgccrf/injonctions-et-sanctions/dysfonctionnements-des-manettes-de-la-console-nintendo-switch-1-35-millions-deuros-damende
- Réparation gratuite Joy-Con : https://www.nintendo.com/fr-fr/Assistance/Reparations/Reparations-1770166.html?issue=ControlSticksNotResponding&system=HAC
- Les sticks des manettes Joy-Con ne répondent pas correctement ou ne fonctionnent pas (bug de réactivité du stick ou « drift ») : https://www.nintendo.com/fr-fr/Assistance/Reparations/Les-sticks-des-manettes-Joy-Con-ne-repondent-pas-correctement-ou-ne-fonctionnent-pas-bug-de-reactivite-du-stick-ou-drift–1867803.html
- UFC-Que Choisir : https://www.quechoisir.org/nos-combats-switch-nintendo-l-ufc-que-choisir-denonce-l-obsolescence-programmee-des-manettes-joy-cons-n72823/
- Commission européenne : https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/ip_23_2106





