Verdict : 97/100

Il y a des jeux qui se classent dans la catégorie très particulière des œuvres d’art. On pense à Journey, Inside ou encore Abzû. Ce sont des jeux plus ou moins narratifs qui offrent une expérience de jeu à part. On se sent en général au cœur d’un monde interactif. Gris peut aisément se glisser dans cette catégorie de jeux, avec une patte graphique très marquée et une aventure émotionnelle sans faille.

Un voyage douloureux

On rencontre notre personnage dans le creux de la main d’une statue qui s’effrite et finit par s’effondrer en morceaux alors que l’héroine perd sa voix. La chute est brutale et on atterrit dans un monde dénué de couleurs, composé uniquement de ligne noires sur fond blanc. C’est là que le nom du personnage, Gris, nous apparait comme une évidence. Face à ce monde monochrome, on commence une exploration timide puisque notre personnage est assez lent après sa chute. Puis la forme lui revient et l’on peut aller un peu plus vite et plus loin.

On commence alors à escalader quelques ruines, suivre quelques oiseaux et finalement affronter une tempête dans ce qui semble être un désert. On apprend, un peu à nos dépends quand et comment se mettre à l’abri et on déverrouille finalement une nouvelle aptitude qui consiste à alourdir notre personnage pour ne pas être emporté par le vent. La robe de notre héroïne se transforme alors en un gros carré, symbole d’une pierre lourde et presque immuable.

Une fluidité hors normes

Les aptitudes du personnage augmenteront au fur et à mesure de l’exploration et de la découverte de nouveaux endroits de ce monde particulier. La transformation en lourd carré permettra par exemple de briser certaines plateformes pour explorer les étages inférieurs ou au contraire de briser certains vases pour en libérer quelques alliés bien utiles. On n’en dira pas beaucoup plus sur les différents mécanismes du jeu pour vous laisser la joie de les découvrir par vous-même. On parlera uniquement d’une belle rencontre dans le début du jeu, un acolyte qui nous suivra un moment en nous imitant, menant à quelques phases de puzzle plutôt sympathiques dans une ambiance carrément attachante.

Le gameplay du jeu, autant sur terre, dans les airs et dans l’eau est d’une fluidité incroyable. On virevolte dans les niveaux avec un bonheur de précision rarement égalé. Si vous aussi vous faites partie des joueurs allergiques aux niveaux sous-marins, Gris pourrait bien finalement vous guérir comme ça a été le cas pour nous. Les différentes aptitudes de notre personnages sont faciles à appréhender, seuls quelques boutons sont mis à contribution, rendant la progression vraiment très agréable.

Un véritable chef d’oeuvre

Gris brille donc par un gameplay impeccable mais également par sa présentation graphique. Basé sur les œuvres de Conrad, le jeu devient assez vite une esquisse interactive que l’on peint avec l’artiste lui-même. Le trait est fin, les détails sont subtils mais bien présents. Les environnements à première vue simples, fourmillent de petites animations qui donnent vie au monde et permettent de s’attacher encore plus à cette belle aventure. La beauté du jeu se déploie lors de la découverte d’une nouvelle couleur, celle-ci s’étale alors à l’instar d’une aquarelle. La peinture semble s’étendre comme le liquide absorbé par le papier et c’est magique.

La beauté visuelle est sublimée par une bande son signée Berlinist, un groupe Barcelonais qui apporte un souffle d’émotions sur le jeu avec des mélodies tantôt douces, tantôt rythmées à bases de cordes et percussions. Lorsque la voix entre en scène, on arrive au septième ciel des émotions, on vit alors vraiment les épreuves de notre personnages. Il arrivera même que l’enchainement d’une montée en puissance avec un vague silence associé aux images du jeu nous donne les larmes aux yeux lorsque l’on réalisera ce qui est en train de se passer pour notre héroine.

L’aventure de Gris se termine en 3 petites heures mais le bonheur procuré par l’expérience n’est absolument pas entaché par la rapidité de conclusion. D’ailleurs, des défis optionnels sont également disséminés à travers le jeu et permettent d’accéder à une vidéo de fin alternative. Même sans cette récompense, on plonge à nouveau sans rechigner dans cet univers magnifique et presque magique.

Notes